La ministre de la transition écologique et solidaire, Elisabeth Borne, a dévoilé récemment le contenu de la future réglementation environnementale pour les bâtiments dite RE2020 qui viendra en remplacement de l’actuelle RT2012. La réglementation RT2012, applicable à tous les bâtiments neufs à usage d’habitation et à certaines rénovations, visait à ramener la consommation d’énergie à moins de 50 kilowatts heure d’énergie primaire par mètre carré et par an. Il s’agissait d’un compromis entre les objectifs de réduction des émissions de CO2 et le surcoût que ces nouvelles exigences font peser sur les coûts des constructions.

La RT2012 a permis une amélioration des techniques d’isolation et de ventilation mais a montré plusieurs limites. Tout d’abord les consommations effectives sont souvent supérieures aux consommations modélisées lors de la délivrance des permis de construire. Les raisons principales étant : les pratiques énergivores des occupants, les défauts de construction ou une dégradation trop rapide de certains éléments d’isolation.

Le mode de calcul en énergie primaire de la RT 2012 a aussi engendré une évolution des modes de chauffage. Compter en énergie primaire revient à prendre en considération les déperditions tout au long de la chaîne énergétique. La production d’électricité entraînant des pertes très importantes tant au niveau de la production que des réseaux de distribution, ce mode de calcul engendre une moindre compétitivité de l’électricité vis-à-vis des autres modes de chauffage possibles et en particulier du gaz naturel (méthane). La RT2012 a engendré une disparition des convecteurs électriques et des chauffe-eaux à effet joule ce qui est une bonne chose mais ce transfert s’est fait au profit des énergies carbonées. Ainsi, l’an passé, la majorité des bâtiments livrés étaient chauffés à base de méthane, propane ou fuel ce qui est une hérésie en matière de CO2. La nouvelle réglementation, en abaissant le contenu carbone de l’électricité à 79 gCO2/KWh et le coefficient des pertes à 2,1, vise à remédier à un défaut difficilement critiquable.

L’association négaWatt fait remarquer que le contenu carbone devrait plutôt être évalué à 210 gCO2/KWh du fait que la production pendant les périodes de grand froid est en partie obtenue à partir de centrales au gaz. Le cabinet de conseil CARBONE 4 rend un jugement de Salomon en estimant, dans une étude de 2018, le contenu carbone de l’électricité de pointe à 146 gCO2/KWh.

NégaWatt estime aussi que la baisse des pertes en ligne, que le gouvernement justifie par le développement des énergies renouvelables, est très largement surestimée et ne sera effective qu’en 2030 … et pour autant que les gouvernements à venir respectent leur engagement en matière d’énergie renouvelable ce qui n’a rien de garanti. Force est de constater que cet argument est parfaitement correct.

Que conclure de cette bagarre d’experts dans laquelle hélas tout le monde a peu ou prou raison. La première évidence est que le prix actuel de la tonne de carbone est insuffisant pour rendre l’électricité compétitive que ce soit vis-à-vis du méthane comme du pétrole. Sous la pression de la rue, le gouvernement a refusé de mettre en œuvre une augmentation progressive de la taxe carbone. Ce faisant il a maintenu temporairement la cohésion sociale mais créé indirectement une incohérence économique. Du reste, en l’absence d’un signal prix raisonnable, certaines entreprises contournent l’immobilisme des gouvernants en mettant en œuvre des prix internes pour le CO2 supérieurs aux prix réels. Ce faisant elles prennent des décisions économiques sous-optimales à court terme mais qui, sur le long terme, s’avéreront gagnantes lorsque les contraintes sur le carbone se concrétiseront. En sus, les plus avancées réfléchissent déjà à des systèmes de pilotage qui permettront d’infléchir la consommation électrique en fonction de son contenu carbone en temps quasi-réel.

La réglementation RE2020 a le mérite d’essayer de remédier à un défaut majeur, mais dans sa rédaction actuelle, et en l’absence d’un signal prix raisonnable du carbone, il n’est pas certain qu’elle favorise les solutions de chauffage responsables telles que les ballons thermodynamiques, les pompes à chaleur, la biomasse, la géothermie ou le chauffage solaire. Une interdiction pure et simple des convecteurs électriques dans les bâtiments neufs semble une décision concomitante incontournable si l’on ne veut pas prendre le risque de les voir réapparaitre.