Une nouvelle dimension apparaît dans le panel des responsabilités du manager leader : l’architecture de l’espace de travail et ses nouveaux modèles proposés (voire imposés). Le défi est de taille parce que cet espace est moins délimité géographiquement, il catalyse de nouvelles méthodologies de travail rassemblant imagination et réalisation, il intègre de nouvelles exigences de bien-être qui dépassent de loin le cadre de l’ergonomie du poste de travail, et enfin, il doit garantir l’inclusion de la diversité induite par la transversalité d’équipes orientées ‘’problem solving’’.

L’identité d’un management est souvent reflétée par la vision globale de la place des collaborateurs dans les projets et le leadership s’exprimera quand il y aura un alignement entre le lieu, l’ambiance, les moyens d’interaction et l’inclusion de l’hétérogénéité des profils. Le développement personnel passe par un espace de travail aux ingrédients mêlant apprentissage continu, situations de travail rendues possibles par la relation quasi permanente à l’autre.

A l’heure où l’expression d’intelligence collective est utilisée quotidiennement, à tout va, celle-ci n’a de réalité qu’en permettant, au sein d’une équipe, l’effondrement de la pyramide hiérarchique, c’est à dire le déclenchement d’une collaboration d’égal à égal. ça c’est la théorie, car dans la pratique les choses sont très différentes.

Certaines ”petites” habitudes irrespectueuses affaiblissent le concept d’intelligence collective qui ne libère pas tout le potentiel du ‘’nouvel espace de travail’’, voire parfois le rend inopérant. Un signal faible qui a un echo perturbant sur les hommes, les organisations et leur transformation.

Le respect comme ingrédient indispensable du changement

Le manager, comme on vient de le voir, architecte de l’espace de travail, bénéficie donc de l’effet “Baby-foot’’, de l’abandon de la cravate, d’espaces propices à l’expression pariétale des idées et concepts, il peut réunir en un même espace digitalisé et partagé des collaborateurs. Un nouveau modèle qualitatif de réunion émerge. Mais la transformation peut être spécieuse et rien de tout cela ne sera suffisant. Cette architecture physique et informationnelle ainsi créée, s’auto-proclame comme l’expression de l’intelligence collective. Cette nouvelle intelligence émergente née d’une cohésion bienveillante ne peut être réellement efficace qu’en introduisant la notion de respect inconditionnel des autres.

Prenons l’exemple du smartphone ou du PC portable. Tous deux s’imposent en réunion, en atelier comme autant de filtres et de distractions face aux propos de celle ou celui qui parle. Qui ne s’est jamais retrouvé dans une réunion avec un individu qui plaide ses idées dans le vide ? Lui, ayant baissé les bras face à son auditoire qui lui refuse manifestement l’attention, auditoire indifférent ayant quant à lui baissé la tête pour porter attention à des écrans de 6 pouces ? Si ensemble on ne parvient pas à avancer plus vite dans l’émergence d’idées et de solutions, c’est du en bonne partie à la violence de ces comportements faits d’inattention et de distraction. Là où on parle d’un collectif qui s’exprime dans de nouveaux espaces de travail… bla bla bla… il est nécessaire de se respecter et d’accroître l’exigence individuelle suivant 4 principes qui ont un schéma de cohérence les uns par rapport aux autres :

L’attention

Etre attentif par son écoute et son regard, être capable de concentration pour entendre et voir les paramètres d’entrée du sujet, le ou les points de vue exprimés et modélisés. A force de parler de l’ubiquité du digital et d’inviter les ‘’devices’’ à chaque instant, on fragilise la concentration, l’attention finit par n’être portée suffisamment en nulle place. L’exigence vis à vis de l’orateur sera le ‘’story-telling’’ ou la faculté à renforcer l’écoute par l’envie de susciter l’envie. Il serait intéressant de mesurer le poids économique de l’inattention dans l’entreprise, à refaire des réunions…

La compréhension

Elle est la cousine proche de l’attention et impossible sans elle, une vraie dépendance existentielle. Elle n’a pas la même vitesse pour chacun d’entre nous mais elle doit finalement être la même. Il n’y a que la compréhension pour déclencher un questionnement intéressant, c’est à dire portant plus loin la réflexion initiale. La compréhension est en danger face à une vision simpliste du contexte et du sujet, fruit du manque d’attention.

La participation

On la convoque, on la déclenche, on la provoque notamment dans des approches de type Design Thinking, à grand renfort de jeux de rôles et d’angles métaphoriques pour rendre prolixe le timide et le taiseux… Mais celle-ci n’a de sens que si elle résulte d’un réel et homogène niveau de compréhension des sujets. La participation est le moment d’échanges itératifs pendant lequel se construit la pensée collective complexe. Plus les points de vue se multiplient, plus y a d’échanges et plus la valeur de sortie de la participation sera grande.

La mémorisation

Là encore un travail de concentration particulier à opérer individuellement mais d’autant plus indolore que les 3 autres phases se sont déroulées dans de bonnes conditions. Les mémoires individuelles et collectives permettent de capitaliser sur ce qui a été fait et participe du concept de l’entreprise apprenante, de l’amélioration continue, des approches Lean…

Ces 4 principes constituent les bases des nouvelles approches projet qui opèrent dans les nouveaux espaces, mais le déclenchement de toute cette belle mécanique passe par l’attention et donc le respect basique des autres.

La responsabilité d’architecte de l’espace de travail dépasse donc largement le cadre du lieu, des outils physiques et digitaux associés… Elle incombe en grande partie à un nouveau type de management et de leadership. A l’heure des approches Design Thinking et du rêve de travail à l’unissons entre des protagonistes très différents au sein de l’entreprise et au-delà, il est temps de nous respecter davantage et de rejeter des habitudes des temps anciens telles que la misogynie, l’autoritarisme hiérarchique… ou les pratiques des temps actuels tels que la consommation d’informations sur son smartphone pendant que l’autre parle. C’est psychologiquement violent pour celui qui explique, qui anime, qui questionne. C’est contre-productif dans un monde qui se complexifie graduellement, monde dans lequel la pertinence de l’association des réflexions et des savoir est la clé de résolution des systèmes complexes auxquels nous sommes confrontés. Quelle que soit la nature de son déclenchement, ne pas respecter l’autre c’est interrompre la chaîne Attention_Compréhension_Participation_Mémorisation et c’est donc perdre en efficacité. Le respect est l’un des ingrédients principaux des nouveaux modèles de workplaces ; il y a sans doute une vertu supplémentaire au respect, celle de l’efficacité au travail et incidemment d’un meilleur équilibre entre temps passé en entreprise et temps personnel.