Il y a plus de deux ans, Dailymotion, le spécialiste des vidéos à la demande et concurrent de Youtube, a décidé de migrer sa solution monolithique comportant près d’un million de lignes de codes, devenue difficile à maintenir, vers une architecture plus moderne basée sur les microservices (adoption des technologies Docker et Google Kubernetes entre autres). L’objectif visé par Dailymotion était d’amener plus d’agilité pour ses équipes de développement afin de délivrer des applications et des services plus rapidement et, in fine, de favoriser l’innovation pour donner de nouvelles expériences à ses clients. Pari réussi pour l’entreprise, un an plus tard en 2017, un nouveau site est lancé avec de nouveaux services premiums et thématisées. Bien sûr, cette transformation technique s’est accompagnée en parallèle d’une réorganisation interne des équipes via une démarche Devops. Cet exemple nous montre clairement comment les technologies microservices associées à une approche agile de type Devops aident les entreprises à être plus compétitive face à leurs concurrents. En effet, aujourd’hui, il faut être capable de proposer en permanence de nouveaux produits, de donner de nouvelles opportunités aux clients, et pour cela, il faut accélérer l’innovation au niveau du développement mais aussi dans la livraison au client.

En soi, cette approche n’est pas nouvelle, souvenons-nous des SOA (Service Oriented Architecture) il y a déjà plus d’une dizaine d’années, ces architectures orientées services dont le but était de créer des méthodologies pour concevoir et déployer des applications. A la différence des architectures SOA qui gèrent des services de taille importante et qui fonctionnent en synchrone, les microservices exploitant une suite de petits services asynchrones et indépendants des uns des autres sans se montrer trop consommateurs de ressources contrairement aux machines virtuelles. Pour être plus clair, le fonctionnement des microservices s’apparente aux jeux de stratégie ou de simulation en temps réel qui font fureur sur les tablettes dont le but est de bâtir sa structure, de la faire évoluer et la faire vivre via une multitude de composants qui communiquent les uns avec les autres.

Sur le terrain, l’adoption des microservices s’est fortement démocratisée depuis l’arrivée des technologies de conteneurs Docker et d’orchestration de ces conteneurs Google Kubernetes, ces services connaissent également un intérêt croissant grâce aux démarches DevOps initiées dans de nombreuses entreprises. Preuve en est : selon le cabinet d’études 451 Research, les revenus dédiés au marché des conteneurs devraient s’afficher à 1,5 milliard de dollars en 2018 et pourraient même dépasser les 2,6 milliards de dollars fin 2020, soit une croissance annuelle de 40 %. De son côté, le cabinet Gartner estime que d’ici à 2020, plus de 50 % des entreprises mondiales exploiteront des applications conteneurisées dans la production, contre moins de 20 % en 2017.

Pionniers dans ce domaine, Amazon et Netflix ont su transformer leurs applications monolithiques en architecture microservices. En France, de nombreuses entreprises ont franchi le pas des microservices pour apporter cette agilité qui leur manquait comme Visible Patient, le spécialiste de la modélisation 3D en ligne des organes dans le secteur de la santé, qui a morcelé tous ses services web en groupement de conteneurs pour diminuer le nombre de machines virtuelles et ainsi réduire les charges qu’elles engendrent en termes de maintenance. Là aussi, ce projet s’est déroulé avec une organisation de type Devops. Même l’Etat modernise ses administrations grâce aux technologies microservices à l’image de la Gendarmerie Nationale qui a créé son nouveau portail désormais accessible à 100 000 gendarmes répartis sur tout le territoire. A partir de leurs smartphones professionnels sous Android, les gendarmes accèdent ainsi, via ce portail et en fonction de leurs droits d’accès, à divers flux d’informations (internes, y compris sensibles, ou externes) en temps réel.