En 1768, Philip Astley inventait le cirque “moderne” en faisant des acrobaties à cheval autour d’une piste. 250 ans plus tard, à l’heure du tout numérique et de la dématérialisation de la culture, le modèle fonctionne toujours aussi bien. Pourquoi ? « Parce-que le cirque est un modèle extrêmement résilient, qui a su au fil du temps s’adapter aux évolutions sociétales, à l’image d’une entreprise agile qui compose en permanence avec le marché dans lequel elle évolue » explique Pierre Kalfon, Senior Partner Digital Strategy & Transformation chez DXC Technology – et grand amateur de spectacle vivant. « L’agilité a beaucoup été rattachée à des enjeux IT alors qu’il s’agit avant tout d’une problématique “business”, opérationnelle et organisationnelle ». Une entreprise agile est une structure qui – quelle que soit son origine – a su adapter son modèle tant économique qu’opérationnel pour réussir là où beaucoup d’autres ont échoué dans un environnement de plus en plus digital.

Comme le cirque moderne, l’entreprise agile doit avoir droit à l’erreur

« Au cirque, un artiste qui “rate” son numéro le retente systématiquement dans la foulée… L’échec est accepté, le droit à l’erreur aussi, cela fait partie du spectacle » observe Pierre Kalfon, poursuivant la comparaison avec le monde du cirque. De la même manière, l’entreprise agile doit avoir cette capacité à se tromper. « Le POC est fait pour ça » ajoute Pierre Kalfon. « Dans une logique typiquement française, le POC doit – souvent –aboutir. Nous sommes dans un modèle centré sur la réussite qui n’accepte pas qu’un projet ne soit pas mené à son terme. Or l’agilité implique ce droit à l’erreur et l’innovation comporte une part d’échec nécessaire – et parfois salutaire. A ce titre, le modèle anglo-saxon est plus proche de la culture agile : un POC qui échoue reste une expérience positive ».

Le modèle de l’entreprise agile implique également une forte culture collaborative et une logique de travail itérative, avec la capacité à réorienter les projets en permanence si nécessaire. Prenons l’exemple de Gore Tex, une entreprise très agile, « dans l’innovation permanente » pour reprendre les mots de Pierre Kalfon. Chez Gore Tex, la règle est que le collaborateur qui a une idée doit pouvoir la développer. Le modèle de management est ajusté en conséquence : pas d’horaires fixes, pas de chefs, pas de postes figés mais des équipes-projets autodirigées qui font la part belle à l’esprit d’innovation. « Car la notion d’agilité est très liée à la capacité d’innovation » précise Pierre Kalfon. « Sans pour autant mettre à mal la notion de processus et de “routinisation” dont l’entreprise a besoin, les entreprises agiles ont en commun la volonté d’introduire un changement de paradigme. Cela ne débouche pas nécessairement sur des innovations disruptives mais cette volonté d’innover, avec une implication forte du top management, reste un trait caractéristique de l’entreprise agile qui s’adapte, se remet en question et revoit sans cesse son modèle économique ».

L’entreprise « Digitagile » est celle qui s’imposera au XXIème siècle

En plus de s’adapter continuellement et de façon holistique à un environnement changeant, l’organisation agile doit être capable d’intégrer de manière intelligente les nouvelles technologies. Cela implique une grande flexibilité pour adapter l’ensemble des processus métier, les intégrer avec d’autres services, s’interfacer avec des prestataires externes ou des fournisseurs, etc.

La SNCF est un bon exemple d’organisation qui a su faire évoluer son modèle en développant continuellement de nouveaux services – soit en les créant elle-même, soit en les agrégeant. Le site internet voyages-sncf.com s’est largement inspiré des start-up pour faire évoluer ses offres, notamment par la mise en place d’une méthodologie de développement « scrum », basée sur des itérations de quelques semaines appelées « sprints », avec une logique de mise en production immédiate de type DevOps. De cette manière, le site de la SNCF a connu 27 évolutions en mai 2017, contre 4 l’année précédente… Un bel exemple d’organisation agile « qui s’adapte sans cesse et qui cherche à être plus collaborative, plus performante dans ses processus, plus habile avec les technologies, tout en étant capable de raisonner en transverse et d’interagir avec le client… » conclut Pierre Kalfon.