En termes de maturité, toutes les technologies émergentes ne se ressemblent pas. L’intelligence artificielle , l’IA, est déjà présente dans plusieurs secteurs : la finance, les robots, la médecine et bientôt la voiture connectée. Une enquête de Narrative Science a révélé que l’année dernière, 38% des entreprise utilisaient l’IA et que ce chiffre devrait passer à 62% d’ici 2018. IDC estime que le marché de l’IA, qui pesait près de 8 milliards d’euros en 2016, devrait passer à plus de 47 milliards d’euros d’ici 2020.
Nous sommes nombreux à nous en rendre compte à titre personnel, à s’informer, parfois à s’inquiéter. Les entreprises en font un thème prioritaire de réflexion, parfois d’engagement. L’intelligence artificielle nous concerne en fait sous deux aspects, sa capacité d’innovation et le défi lancé à nos systèmes de gouvernance.

L’IA se retrouve dans dix technologies

L’intelligence artificielle est d’abord source d’innovation. C’est sa caractéristique principale. Elle se retrouve d’abord dans le machine learning, où un logiciel informatique va reproduire au plus près les attitudes humaines. Il nécessite des algorithmes et des infrastructures de calcul puissantes, savoir capter et utiliser des données en quantité et en qualité suffisantes. L’IA se retrouve également, selon Forrester, dans plus d’une dizaine de technologies : la représentation des connaissances, la modélisation des raisonnements, la gestion de l’incertitude, la satisfaction des contraintes, la planification, la recherche heuristique, les agents autonomes, les systèmes multi-agents, le web sémantique, le traitement automatique des langues, la robotique, la vision, la reconnaissance des formes, la modélisation de la connaissance, les systèmes informationnels etc…
Mais cette innovation n’est pas que technologique, elle se retrouve dans les usages et affecte toute l’économie. La voiture autonome par exemple transformera l’industrie automobile, mais aussi les transports en commun et les pratiques des conducteurs actuels. De nouveaux types de conducteurs pourraient accéder à la voiture autonome, comme les handicapés. Les assureurs réfléchissent dès maintenant à intégrer toutes les hypothèses sur le véhicule autonome et son conducteur : comment l’assurer, mesurer son risque, traiter ce risque en cas par exemple de collision entre un véhicule actuel et un véhicule autonome ?

L’Etat se préoccupe de la gouvernance de l’IA

La gouvernance de l’IA est un thème lui aussi déjà présent dans toute la société. Qui va surveiller les robots ? « Si je crache sur un robot policier, est-ce que j’ai la même responsabilité que face à un policier ? Si j’insulte un robot, est-ce que je peux être poursuivi de la même manière ? » Deux questions posées devant une commission du Sénat par le secrétaire d’Etat au numérique Mounir Majoubi ! Au plus haut niveau de l’Etat, l’IA et sa gouvernance font donc débat. La CNIL prépare un rapport sur l’éthique de l’IA.
Le droit va s’imposer ou tenter de le faire. L’IA peut-elle enfreindre les droits de propriété intellectuelle ? Un robot raciste peut-il être poursuivi, sinon qui le sera à sa place ? Finalement, qui va contrôler les robots ? Une législation est-elle nécessaire, une jurisprudence se mettra-telle en place à bref délai ? Un robot au service client ou au service utilisateur peut-il engager sa responsabilité et celle de l’entreprise ? Remplacer poste pour poste un ou plusieurs salariés ? Des questions d’autant plus épineuses que le droit n’évolue jamais à la même vitesse que la technologie.