Vladimir Poutine le dit : « l’intelligence artificielle représente l’avenir non seulement de la Russie, mais de toute l’humanité. Dans ce domaine, il y a des opportunités colossales et des menaces qui sont difficiles à prévenir aujourd’hui ». Tous les dirigeants du monde, du moins on l’espère, ont un avis sur l’intelligence artificielle, peut être une stratégie. Dans la double phrase du Président russe, on découvre même une analyse équilibrée entre opportunités et menaces. D’autres, les plus grands acteurs du numérique, sont parfois plus tranchés et plus opposés.
Elon Musk, le mythique créateur de Tesla est du côté des inquiets : « Je n’arrête pas de donner l’alarme, mais jusqu’à ce que les gens voient vraiment des robots tuer des gens, ils ne sauront pas comment réagir, tellement ça leur paraît irréel ». A l’opposé, Mark Zuckerberg, autre mythe et patron de Facebook assure : « je suis optimiste. Ces 5 ou 10 prochaines années, l’intelligence artificielle améliorera notablement notre vie. Les personnes qui imaginent des scénarios catastrophes, je ne les comprends pas. C’est très négatif et irresponsable ».

Il y a un sentiment d’urgence

Loin de ces grandes envoles, la France prépare son dispositif pour l’IA. Le député Cédric Villani est chargé d’une mission par le gouvernement. Peut-être méfiants, même si Cédric Villani a une aura indéniable, les acteurs du marché se sont fédérés dans France IA, une initiative privée que son directeur Nathanaël Ackerman, l’ancien conseiller innovation et IA d’Axelle Lemaire définit ainsi : « Il y a un sentiment d’urgence du monde économique et académique pour fédérer les forces françaises de l’IA. Il faut nous appuyer sur nos forces : tissu industriel, laboratoires, startups, pour rattraper ce qui nous manque, les données et leur cadre éthique, et s’affirmer comme un leader mondial. À terme, l’ambition est d’être à l’initiative ou de contribuer à une alliance européenne de l’IA ».
L’initiative est attendue. Carole Desnot, directrice de l’innovation à la SNCF, resitue l’IA dans la transformation de l’entreprise. « La formation est un enjeu crucial, car on a la data et on a les capacités humaines, mais il faut adapter l’entreprise. La SNCF veut devenir un leader d’une mobilité à la demande, beaucoup plus choisie par nos clients. L’IA va nous aider à réinventer totalement le système ferroviaire en repensant la façon d’exploiter les trains et l’énergie ».

L’IA, c’est l’affaire de tous

Mais le secteur ne mobilise pas que les acteurs du marché et leurs grands clients. N’oublions pas souligne Nicolas Miailhe, le co-fondateur du Think Tank The Future Society, « L’IA est généralement abandonnée aux experts, or c’est l’affaire de tous parce que c’est une question de passage d’une ère civilisationnelle à une autre ».
Il manque la décision, le programme du gouvernement, annoncé pour ce début d’année. Selon le secrétaire d’Etat au numérique : « nous n’avons pas encore de pilotage national, de regard ni d’observatoire européen […] Aujourd’hui, nous manquons d’un regard stratégique. Je ne veux pas déflorer notre recommandation finale, mais il faudra que nous nous dotions de cette capacité ».