A force de parler de la blockchain en termes de perspectives ou de régulation, on en oublie ses débouchés. Le secteur financier et notamment la banque fait figure de pionnier. Après une ordonnance adoptée au mois de décembre dernier en Conseil des ministres, il devient possible à titre expérimental de transférer certains titres financiers au moyen d’une blockchain, au lieu d’utiliser du papier et des feuilles Excel. C’est le passage de l’artisanat à l’industrie. La blockchain devrait également concerner les levées de fonds avec l’émission de jetons numériques. Cette formule juridique nouvelle est déjà utilisée à l’étranger par des entreprises comme Tezos et EOS. En France, l’Autorité des marchés financiers, l’AMF, s’interroge sur la meilleure formule juridique pour encadrer cette démarche.
Derrière ces deux possibilités et les expérimentations déjà menées par des banques grand public, se profilent la réorganisation de tout le secteur. D’aucuns parlent de banques « ubérisables » par la blockchain, c’est-à-dire menacées par une formule très simple d’exercice de la profession bancaire. Les régulateurs veillent mais le débat s’installe. Certaines fonctions bancaires comme le transfert de fonds à l’international peuvent passer en blockchain. Des banques comme BNP Paribas, Goldman Sachs et UBS sont entrés dans un consortium d’une quarantaine de banques pour définir des standards. Régulateurs et banques veulent encadrer le mouvement blockchain. L’année 2018 permettra de vérifier ce qui peut déjà passer sous cette nouvelle formule, ce qui reste en suspens avant que les régulateurs se prononcent et la partie que les banques, pour préserver leur activité, ne voudront à aucun prix céder à la blockchain.

Les banques peuvent se passer de Swift

La blockchain concerne aussi le secteur immobilier en stockant librement tout ce qui encadre cette profession : les normes, les contraintes esthétiques et énergétiques, les transactions, les contrats, les certifications. Beaucoup d’autres secteurs l’expérimentent, note un article d’IDG News Service. Ripple par exemple permet aux banques de négocier entre elles, au plan mondial, sans passer par un acteur central du monde bancaire, UBS, Standard Chartered passent par lui. Un autre système, Utility Settlement Coin permet des paiements dans diverses devises entre Deutsche Bank, UBS ou Santander. Un concurrent de Swift ?
Dans un domaine très différent, le géant américain de la distribution, Walmart, teste en Chine une forme de traçabilité de la viande de porc par la blockchain. Il s’agit d’assurer la sécurité alimentaire et la réputation de Walmart. Des expérimentations permettent également de vérifier comment on pourrait désintermédier le marché local de l’énergie. Ainsi, la cryptomonnaie SolarCoin permet pour un particulier d’acheter son électricité auprès d’un producteur local. Cette monnaie spécialisée est utilisée en France par le producteur d’électricité verte ekWateur. A New-York, fonctionne son équivalent TransActive Grid.
Et si Axa a investi dans le spécialiste canadien de la blockchain Blockstream, nul hasard, mais bien le souci de veiller de près à l’apparition de nouvelles formules de dédommagements. Des expérimentations montrent que la blockchain permettrait à des agriculteurs d’être automatiquement indemnisés en cas d’intempérie, sans faire de déclaration, de même des passagers victimes de retards en avion seraient automatiquement dédommagés.