Le développement de l’intelligence artificielle et ses perspectives fortes amènent des commentaires réalistes. Oren Etzioni, professeur d’informatique à l’Université de Washington contredit le pessimisme d’Elon Musk : « L’obsession d’Elon Musk pour l’IA en tant que menace existentielle pour l’humanité est une anecdote par rapport à la préoccupation réelle concernant l’impact de l’IA sur les emplois et les systèmes militaires. Ce dont le public a besoin, c’est de bonnes informations sur les conséquences réelles de l’IA à la fois positives et négatives. Nous devons faire la distinction entre la science et la science-fiction. Dans les récits de fiction, l’IA est souvent considérée comme le «méchant», qui cherche à conquérir le monde, mais en réalité, l’IA est un outil, une technologie qui peut sauver de nombreuses vies en améliorant le transport, la médecine, etc… Au lieu de créer un nouvel organisme de réglementation, nous devons mieux éduquer et informer les gens sur ce que l’IA peut et ne peut pas faire. »
Même sentiment du côté de Toby Walsh, professeur d’intelligence artificielle à l’Université de New South Wales à Sydney : « Les propos d’Elon Musk sont alarmistes. J’ai récemment interrogé 300 chercheurs de premier plan en IA et la majorité d’entre eux pense qu’il faudra au moins 50 ans pour arriver à des machines aussi intelligentes que les humains. Ce n’est donc pas un problème qui nécessite une attention immédiate. Et je ne m’inquiète pas trop car il y a une communauté de recherche en bonne santé qui travaille pour s’assurer que ces machines ne constituent pas une menace existentielle pour l’humanité. Je m’attends à ce qu’ils déterminent rapidement et précisément quelles sont les garanties nécessaires. »

Réglementer l’IA dès maintenant

« Mais Elon a raison sur un point : nous avons besoin du gouvernement pour commencer à réglementer l’IA dès maintenant. C’est l’IA stupide que nous devons commencer à réglementer. La course aux armements pour développer des «robots tueurs», la menace sur notre vie privée d’entreprises de technologie qui s’emparent de toutes nos données personnelles et médicales mérite plus d’attention. »
« Il y a des preuves que les machines vont dominer l’intelligence humaine dans des tâches complexes, mais spécifiques », explique Eleni Vasilaki de l’Université de Sheffield au Royaume-Uni. Mais il n’y a pas beaucoup de preuves qu’une IA dotée de la même polyvalence que les humains apparaisse prochainement. »
Pour faire le tri entre toutes ces opinions, Laurent Alexandre, médecin et chef d’entreprise met l’accent sur l’éducation des jeunes. «Il faut refuser le déterminisme intellectuel qui existe. Il manque une technologie pour aider les gens moins doués à devenir innovants et plus doués ». A l’école de se réinventer pour nous aider à réagir face à l’impact de l’IA sur le travail. «Il est urgent de réduire les inégalités cognitives pour réduire les inégalités sociales. »