Peu de technologies donnent lieu à autant de débats que l’intelligence artificielle. D’autant plus surprenant qu’elle est encore émergente, entreprises et consommateurs en sont aux balbutiements, aux premiers usages et aux retours d’expérience. Mais l’intelligence artificielle concerne tellement de secteurs et d’activités que des questions s’infiltrent et amorcent un débat, sans beaucoup d’ordre mais avec plusieurs éléments intéressants. Ce débat est public et ne reste pas cantonné aux sphères des spécialistes.
Un sénateur, Claude Malhuret a lancé cette alerte : « Pour la première fois depuis deux siècles, la France et l’Europe non seulement ne sont pas à l’origine de cette révolution, mais sont tellement distancées que leur retard peut désormais paraître irrattrapable. Les États-Unis avec les GAFAM – Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft – et la Chine avec les BATX– Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi – sont désormais en situation de duopole au niveau mondial ».

L’éducation, le défi le plus redoutable

Sur cette lancée, il abord le risque social celui de « travailleurs précaires dont les compétences ne rapporteront pas assez pour vivre ». Sans oublier « le troisième défi, qui est sans doute le plus redoutable, celui de l’éducation ». La mise en garde n’oublie pas l’aspect juridique, « avec mille questions différentes, inédites et, la plupart du temps, contradictoires ». Bigre.
Dans la même enceinte de la Haute assemblé, le secrétaire d’Etat, Mounir Mahjoubi réplique « nous ne repartons pas de zéro ». Le gouvernement a confié une mission au député Cédric Villani. Son but est de définir, « en fonction de nos valeurs le chemin que nous souhaitons prendre. Nous n’avons rien à subir de ces transformations, qu’elles soient économiques, technologiques ou scientifiques. Nous avons tout à apporter et nous pouvons diriger ces évolutions ». Un nouveau rapport en préparation ? Pour la sénatrice Catherine Morin-Desailly : « pendant que la France fait des rapports, les autres pays investissent ».

Les enjeux sont imposés par les cas d’usages

La présidente de la CNIL, Isabelle Falque-Pierrotin, remet les débats dans une autre perspective « La thématique des algorithmes s’est naturellement imposée, car la prise de conscience du grand public se double d’un malaise face à ces objets nouveaux qui ont tout de boîtes noires. Mais il ne nous appartenait pas de définir seuls ce que signifie l’éthique appliquée aux algorithmes et à l’IA. Les enjeux sont imposés par les cas d’usages considérés. Nous avons commencé par clarifier la définition de l’IA, un mot qui peut décrire des réalités très différentes. Les questionnements éthiques ne seront alors pas de même nature ».
« L’ensemble des maillons de la chaîne algorithmiques, concepteurs et utilisateurs, doivent être mobilisés. Lorsqu’on parle d’IA, on peut faire référence à un simple moteur de règles, à un système d’apprentissage à partir de données (machine ou deep learning), ou une combinaison de plusieurs de ces sytèmes ! » Or les problématiques techniques ne seront pas les mêmes, rappelle le mathématicien : S’il s’agit d’un problème de calcul, se posera la question des infrastructures informatiques. S’il s’agit d’apprentissage machine, c’est la taille des jeux de données disponibles qui sera critique.